Polémique et rhétorique de l’Antiquité à nos jours

Luce ALBERT et Loïc NICOLAS [dir.], Bruxelles, éd. De Boeck-Duculot, 2010.

Qu’on tente de l’évacuer, de la dissimuler derrière une évidence fictive ou, au contraire, qu’on la mette en scène ostensiblement à des fins stratégiques, la polémique est au cœur de toute entreprise oratoire. Elle prescrit ses règles et ses armes, impose ses conditions, son terrain d’action ou de réaction : un mot de trop, un tour mal pesé, et tout le projet rhétorique se trouve mis en échec faute d’une entente pérenne sur les enjeux et les fins du combat. Horizon possible, éventualité, ressource circonstancielle, la polémique reste disponible à la croisée des genres pour coordonner et ritualiser l’échange des coups autant que le degré de leur violence.

Négliger sa pertinence, son importance topique n’a jamais pour effet que de masquer ou de récuser le principe selon lequel à l’origine et aux fondements de tout discours résident une cause à gagner, un contradicteur à évincer, des arguments à contester et, en fin de compte, un auditeur à persuader de la supériorité d’une vision du monde inscrite dans une hiérarchie des valeurs et des préférences. Provocation, incitation à la réponse, une telle parole invite à la surenchère, à la contre-attaque, à la pointe, à la recherche de l’argument imparable – cette munition discursive – qui viendrait enfermer dans ses formes la bataille des mots, et clore le rapport de force entre des protagonistes plus ou moins bien qualifiés pour soutenir cette situation incertaine sans vaciller.